Le bien-être de notre intestin, une des clés de notre santé

Populariser le savoir médical sur l’intestin avec humour, voilà le credo de Julia Enders, jeune étudiante en médecine à l’université de Francfort, à travers un livre intitulé Le charme discret de l’intestin, qui dit « tout sur un organe mal aimé ».

Alors que le cerveau par sa complexité a longtemps concentré toute l’attention, la recherche sur l’intestin a mis en évidence un réseau de nerfs et toute une cohorte de messagers chimiques, de matériaux d’isolation cellulaire et de types de connexion qui ont conduit à qualifier l’intestin de « deuxième cerveau ».

La première partie du livre est consacrée au « charme discret de l’intestin » qui réside surtout dans « l’art de bien chier ». Car si l’homme est l’animal le plus convenable en matière de défécation grâce à ses deux sphincters, question position, assis sur son trône en porcelaine l’homme moderne est mal en point… On serait bien mieux accroupi qu’assis pour bien déféquer. Hémorroïdes et diverticulite seraient ainsi évitées. Pourquoi ? Parce qu’un muscle enserre la sortie de notre tube digestif lorsque nous sommes assis ou debout. Aussi, Giulia Enders propose d’utiliser un repose-pieds pour surélever ses pieds quand on est sur sa cuvette, et ne pas hésiter à pencher le buste en avant et le redresser plusieurs fois en cas de constipation.

Pour clore le sujet, sachez qu’un médecin anglais (faut-il avoir de l’humour pour s’attaquer à un truc pareil !) a publié en 1997 une échelle décrivant l’aspect des selles humaines, l’échelle de Bristol, qui fournit sept catégories de selles (à découvrir sur Google pour savoir si vous êtes dans les standards, qui sont les types 3 ou 4).

Dans la deuxième partie de l’ouvrage intitulée « Le cerveau d’en bas », on a droit à une véritable visite guidée du tube digestif et à un tour d’horizon des allergies, sensibilités et intolérances, notamment la sensibilité au gluten qui serait due à une culture trop intensive du blé. Stressées par une croissance et une reproduction rapides, ses graines sont devenues plus résistantes pour les sauterelles du champ, mais aussi plus nocives pour l’homme.

Au programme aussi, intolérance au lactose et malabsorption du fructose que l’on trouve dans beaucoup trop de produits de l’industrie agro-alimentaire (ketchup, yaourts aux fruits, soupes en briques…).

Elle fournit des informations très précises sur les relations entre la tête et le ventre. Elle explique par exemple que les signaux venant de l’intestin se rendent dans le cortex insulaire, dans le système limbique, dans le cortex préfrontal, dans le complexe amygdalien, dans l’hippocampe ou le cortex cingulaire antérieur. Ainsi selon elle, l’intestin agit sur des paramètres tels que la perception de notre « moi », le sens moral, la gestion des sentiments, la peur et la motivation.

L’axe intestin-cerveau fait l’objet de plusieurs études scientifiques en ce moment qui se concentrent sur le renforcement des seuils limites de l’intestin et du cerveau. Voilà qui nous concerne tous car le stress figure parmi les plus importants stimuli entre cerveau et intestin. En cas de gros stress au niveau du cerveau, projet urgent à rendre, situations contrariantes, les fibres nerveuses sympathiques informent l’intestin que l’état d’urgence est déclaré dans le cerveau et qu’il doit utiliser moins d’énergie pour la digestion, ainsi il produit moins de mucus et ralentit sa propre irrigation sanguine. Des stress à répétition vont ainsi rapidement fragiliser l’intestin. En outre, stress et sentiments négatifs agissent aussi sur les bactéries présentes dans l’intestin, bien plus agressives en période de stress.

La troisième et dernière partie de l’ouvrage est intitulée « La planète microbienne », car chaque être humain est une véritable planète habitée par les bactéries. Autrefois, on parlait de la flore intestinale, on parle aujourd’hui du microbiote intestinal.


L’humain : une planète de bactéries

  • L’intestin grêle et le gros intestin abritent plus d’un millier d’espèces de bactéries différentes.
  • On dénombre jusqu’à 100 billions de bactéries par intestin.
  • Les bactéries constituent 90 % de notre population intestinale.
  • Ensemble, nos bactéries intestinales ont 150 fois plus de gènes qu’un être humain.
  • L’enfant à naître : 100 % de cellules humaines ; l’enfant sorti du ventre de sa mère : 10 % de cellules humaines et 90 % de microbes.
  • En matière de microbiote, l’être humain est adulte à l’âge de trois ans.
  • Chaque jour, des milliards de milliards de micro-organismes font le tour de la planète en avion sans payer un seul centime.
  • Plus on se rapproche de la sortie de l’intestin, plus le nombre de bactéries par centimètre carré de muqueuse intestinale est élevé.

Comment les bactéries peuvent-elles faire grossir ?

Trois hypothèses sont avancées :

1/ Les personnes en surpoids ont plus de bactéries patapouffantes que les autres, c’est-à-dire une flore moins diversifiée et donc tirant plus vite partie de la nourriture, le reste profitant aux poignées d’amour et autres bourrelets.

2/ En cas d’inflammation subclinique, les bactéries peuvent passer dans le sang et les graisses seront moins bien brûlées.

3/ Dernière hypothèse, les bactéries pourraient agir sur les fringales.

Elle explique comment agissent les mauvaises bactéries comme les salmonelles ou la bactérie Héliobacter pylori responsable de la quasi-totalité des ulcères à l’estomac.

L’auteur invite aussi à faire très attention aussi aux toxoplasmes, parasites présents dans les intestins du chat qui peuvent avoir différents impacts sur l’homme (danger pour la femme enceinte, risque de dépression…).

Et pour finir, elle met le zoom sur les bonnes bactéries, celles sans lesquelles nous n’existerions pas, probiotiques et prébiotiques.

 


Quelques chiffres

  • L’intestin : 8 mètres de long, 200 millions de neurones.
  • La surface dédiée à la digestion est 100 fois plus importante que celle de notre épiderme.
  • 80 % de notre système immunitaire est localisé dans notre intestin.